Haemig PD  (2011)  Buses, chouettes et faucons qui protègent les nids d'autres oiseaux. ÉCOLOGIE.NET 3

Buses, chouettes et faucons qui protègent les nids d'autres oiseaux

Note: Cet exposé en ligne est adapté et révisé continuellement selon la disponibilité de nouvelles données scientifiques. Les informations ci-après sont donc des plus récentes.

Bien souvent, buses, chouettes et faucons sont considérés comme les ennemis d’autres oiseaux. Cette notion simpliste provient du fait de prédater leurs congénères. La réalité est quelquefois plus complexe. Dans certaines circonstances, ces rapaces protègent et favorisent la survie d’autres oiseaux. Par exemple ceux qui nichent près de leur nid. En chassant les prédateurs de leur propre nid, les rapaces le font aussi, indirectement, pour les nids des voisins (Haemig 2001).

Dans cet article, je citerai plusieurs exemples d’oiseaux nichant près de rapaces ainsi que des études indiquant que des oisillons élevés à proximité de nids d’oiseaux de proie ont de plus grandes chances de survie. Les informations sont classées par aire géographique. Elles comprennent des études conduites au Japon, en Europe, en Amérique du Nord et dans les zones polaires ou les parties les plus septentrionales d’Eurasie et d’Amérique. Je ne suis pas parvenu à inclure d’autres zones géographiques, des études détaillées n’ayant été meneés que dans fort peu de pays ; je présume néanmoins que le phénomène est global, et qu’il inclut d’autres espèces interactives (rapaces/autres oiseaux.).

Japon

Au centre de l’île japonaise d’Honshu, Uchida (1986) trouva les nids usités de trois moineaux friquets (Passer montanus) situés à plusieurs mètres de 4 à 11 nids de busard à joues grises (Butastur indicus) et proches de 4 à 6 nids de bondrée apivore (Pernis apivorus). Uchida étudia aussi 10 nids d’épervier du Japon (Accipiter gularis) et distingua des nids de pie bleue (Cyanopica cyana) situés à 10 m de 5 sites de nidification d’épervier. A noter qu’Uchida ne trouva pas de nids d’oiseaux de plus petite taille parmi les 19 nids du voisinage des redoutables chasseurs aviens que sont les autours de palombes (Accipiter gentilis).

Dans la banlieue de Tokyo, Ueta (1994ab, 1998, 1999, 2001) étudia en détail l’association de la pie bleue et de l’épervier japonais, et mit rapidement en évidence le rôle protecteur de l’épervier. Dans les territoires occupés par ces petits rapaces, plus de 50% de nids de pie étaient construits à 20 m de nids d’épervier. Plus de 75% se trouvaient à 40 m de ces derniers. La prédation du nid de la pie bleue augmentait avec la distance du nid de l’épervier. Par exemple, seulement 2% des nids de pie situés à 20 m d’un nid d’épervier étaient prédatés. Alors qu’un taux de prédation de 50% touchait les corvidés qui nichaient de 40 à 60 m des rapaces, pour atteindre 75% pour ceux qui se trouvaient de 80 à 100 m Lorsque les éperviers japonais abandonnaient leur nid, le taux de prédation des nids de pie augmentait (Ueta 1994b).

Ueta découvrit aussi des changements dans le comportement des pies bleues associées aux éperviers japonais. Les pies qui vivaient près des accipitridés synchronisent leur période de nidification la leur. Ce qui disparaissait lorsque loin des rapaces (Ueta 2001). Les pies qui nichaient loin des éperviers devaient sans cesse défendre leur nid contre les prédateurs. Cet investissement prenait place au détriment de la becquée aux oisillons (Ueta 1999). Et les nids de pie établis à moins de 100 m des éperviers étaient moins bien dissimulés (du point de vue feuillage) que d’autres, construits plus loin.

Europe

En Espagne, Blanco et Tella (1997) étudièrent des nids de crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax) associés au faucon crécerellette (Falco naumanni). Ils constatèrent que les nids de crave construits dans les colonies de faucons étaient 2 fois plus nombreux qu’en dehors du territoire (la prédation étant responsable du déficit.). Blanco et Tella firent aussi le test suivant: ils placèrent un leurre de grand duc (Bubo bubo) à 20 m de falaises communes de nidification, afin de mieux comparer les réactions. Les faucons détectèrent chacune des 19 épreuves alors que les craves ne le firent que pour 2. De plus, deux détections de prédateur par les corvidés prirent beaucoup plus longtemps qu’une réaction similaire de la part du faucon crécerellette.

On dit que dans la plupart des pays d’Europe, le pigeon ramier (Columba palumbus) niche de pair avec le faucon hobereau (Falco subbuteo) (Collar 1978; Bijlsma 1984; Bogliani et al. 1992, 1999). Dans une plantation de peupliers du nord de l’Italie, Bogliani et al. (1999) placèrent de faux nids de pigeon (remplis d’oeufs de caille) à distance diverse de nids de faucon hobereau, afin de mieux définir les modules de prédation. Tous les 6 jours, les œufs des faux nids étaient comptés. Durant la période d’incubation des œufs de faucon, et avant que les jeunes ne soient âgés de 15 jours, la distance des faux nids de ramier par rapport à ceux des faucons n’avait aucun effet sur la prédation. Mais dès que les jeunes rapaces atteignaient leur 15e jour, la défense de leur propre nid par les parents s’amplifiait au point de réduire toute prédation de nid de pigeon à proximité du leur. Pendant cette période, à peine 20% parmi les faux nids situés à 50 m de ceux des faucons, perdaient des œufs. Le chiffre atteignait 70% pour les nids placés au-delà de 100 m. Un couple d’hobereaux semblait diminuer la prédation dans un rayon de 50 m autour de leur propre nid.

Bogliani et ses collaborateurs observèrent aussi de vrais nids de ramier se trouvant à proximité de nid de faucon. Environ 6 nids de columbidés en activité furent découverts près de chaque nid de faucon hobereau. Les nids de pigeon situés loin des faucons étaient camouflés par le feuillage, alors que les autres étaient assez peu dissimulés. Plus de deux tiers des ramiers pondaient leurs œufs durant la période d’incubation des faucons. Il semblait que les columbidés synchronisaient la période d’élevage de leurs oisillons avec celle des faucons capables de défendre vigoureusement leur propre nid.

Bien que ces résultats démontrent que le faucon hobereau se tourne moins vers des nids de ramier, la proximité n’est pas toujours idéale en soi. Bogliani et ses collaborateurs examinèrent des restes de proie dans des nids de faucon et trouvèrent que 15% des victimes étaient Columba palumbus (selon l’analyse du poids total). Les chercheurs en conclurent que, quoiqu’en danger de prédation des hobereaux, les nids des ramier bénéficiaent toutefois de leur voisinage, du fait de l’abondance d’autres prédateurs dans les environs.

En Finlande, le nid du courlis cendré (Numenius arquata) est associé à celui du faucon crécerelle (Falco tinnunculus) (Norrdahl et al. 1995). Bien que le faucon crécerelle ne soit pas de taille à se poser en prédateur du courlis adulte, il peut constituer une menace pour les oisillons et d’autres petits animaux. C’est là un prix à payer pour la protection de la nichée.  Une étude menée dans les ‘Farmlands’ d’Ostrobothnia, en Finlande, par Norrdahl et ses collaborateurs (1995) révèle que 5,5% des oisillons courlis se fait dévorer par les faucons du voisinage, tandis que 9% des nids plus éloignés des rapaces subissait le même sort. Les biologistes en conclurent qu’il y avait donc intérêt à nicher plus près de faucons que plus loin. Pour compléter leur étude, Norrdahl et al. (1995) fabriquèrent des nids artificiels de courlis cendré (remplis d’œufs de poule bruns) et les placèrent à intervalles réguliers le long d’un transect de 1200 mètres à nids de crécerelle. Le résultat établit que la prédation des œufs était plus grande loin des nids que plus près.

Suite de l’article Page 2.

La photographie du haut de la page est celle d’un harfang des neiges ou chouette harfang (Nyctea scandiaca) mâle du Québec, au Canada. Cette chouette protège les nids d’oie de toundra des loups et des renards des neiges. (Voir Page 2 pour plus de détails). Photographie: David Dräyer (Suisse).

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